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Congrès 2000 : éduction spécialisée et nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC)

media: congres/Delacretaz.jpgMme Caroline Delacrétaz
CTIE
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Les applications des TIC en pédagogie curative

A. Présentation

Mon nom est Caroline Delacrétaz. Je suis enseignante spécialisée. Depuis avril 1999, je suis responsable du secteur « enseignement spécialisé » au Centre suisse des technologies de l'information dans l'enseignement (CTIE). Auparavant, j'ai travaillé six ans avec des élèves qui avaient des problèmes de langage écrit et oral, souvent combinés avec de graves troubles de comportement. L'utilisation de l'ordinateur s'est avérée être souvent un bon moyen de motivation en classe et un soutien dans les progrès individuels.
Le CTIE est chargé avant tout d'informer, de documenter et de conseiller les milieux de la formation intéressés par l'utilisation des technologies de l'information et de la communication.
Dans ce cadre d'activités, je participe à des colloques, j'organise sur demande des journées de formation autour du thème de l'ordinateur, je teste des programmes et je suis le développement des activités dans les différents cantons. J'essaie aussi de mettre les informations acquises à la disposition de tout le monde sur Internet. 

Au cours de cette demi-heure, je vous donnerai des informations essentiellement dans une perspective scolaire, puisque c'est là mon domaine d'activités. Je suis toutefois d'avis que les limites entre les activités scolaires et éducatives dans le domaine de la pédagogie curative sont floues. Les points que je vais présenter intéresseront certainement votre domaine d'activité.
Les nouvelles technologies modifient la manière avec laquelle nous communiquons et nous échangeons dans la quasi-totalité des domaines. Elles sont omniprésentes et exercent une influence sans cesse renouvelée sur notre environnement et sur nos actes. On ne peut pas les ignorer. C'est pour elles que vous êtes là aujourd'hui.
Le but de ces 30 minutes d'exposé est de vous permettre de replacer l'utilisation que vous faites de l'ordinateur dans un cadre général. Je veux commencer par vous montrer la place qu'a acquise l'ordinateur dans les écoles. Puis, je présenterai, à partir d'un postulat, 3 objectifs et 8 fonctions que l'on peut définir pour l'utilisation de l'ordinateur en pédagogie curative. Enfin, j'aimerais vous faire part de quelques constats que j'ai pu dresser dans le cadre de mon activité au Centre concernant l'utilisation pratique de ce moyen en pédagogie curative.

B. Introduction des TIC dans les cantons

Quelle est la situation actuelle en Suisse ?

On ne dispose pas pour l'heure d'indications chiffrées fondées statistiquement et scientifiquement sur l'appréciation de l'utilisation des TIC dans les écoles suisses. Sur la base des expériences du CTIE et des résultats d'une enquête réalisée sur mandat de la CDIP, nous sommes toutefois en mesure d'émettre quelques considérations sur la situation actuelle dans les cantons. Je commencerai par présenter brièvement l'enquête.
Celle-ci portait sur les projets planifiés et en cours pour l'introduction et l'utilisation des nouvelles technologies dans l'enseignement. La notion de projet n'a pas été spécifiée.
Le questionnaire a été établi par la CDIP et a été soumis aux correspondantes et aux correspondants cantonaux du CTIE.
Ont été recensés le titre du projet, sa durée, le canton, le but, un bref descriptif ainsi que son mode de financement.
Le rapport final donne des informations sur les points suivants:

  • le nombre de projets planifiés et en cours dans les cantons
  • les degrés scolaires dans lesquels les projets sont introduits
  • les buts poursuivis en ce qui concerne les contenus
  • le financement des projets TIC

Les 26 cantons ont tous répondu au questionnaire. Deux d'entre eux ont indiqué qu'ils n'avaient actuellement pas de projet TIC planifié ou en cours. Au total, 62 projets ont été annoncés. Ils se répartissent entre 10 projets planifiés et 52 projets en cours. Un tiers des projets proviennent de seulement deux cantons. Les autres cantons ont annoncé entre un et trois projets. Cinq cantons ont fait part uniquement de projets planifiés.

Les projets annoncés recouvrent pour la plupart l'ensemble du canton considéré. 14 projets concernent une classe ou une école en particulier. Deux projets sont menés en tant que projets pilotes.

Répartition des projets en cours ou planifiés par canton
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Voici un aperçu des degrés scolaires dans lesquels les projets sont introduits :

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Plus du tiers des projets couvrent plus d'un degré scolaire. Les thèmes en sont principalement l'installation de hardware, d'Internet, la formation et la formation continue des enseignants.
Un quart  environ des projets concernent surtout le secondaire II (gymnases et écoles professionnelles) et intègrent en partie le secondaire I. Dans bien des cantons, l'introduction des TIC s'est d'abord faite dans le secondaire II. Un parc d'ordinateurs est en général déjà installé. Sont surtout d'actualité la mise en réseau et la connexion à Internet. Parmi les autres thèmes abordés, on trouve l'utilisation d'Internet dans l'enseignement, l'intégration des TIC dans les diverses branches et la formation des enseignants.
En ce qui concerne le primaire et le secondaire I, on constate ici une forte hétérogénéité des projets quant à leur contenu. On peut attribuer cette hétérogénéité aux grandes différences existant entre les cantons dans le domaine des TIC aux degrés primaire et secondaire I. Ainsi, certains cantons en sont encore à la conception de l'introduction des TIC, alors que d'autres possèdent déjà quelques années d'expérience.

Quelques exemples :

Trois cantons se trouvent encore en phase d'introduction des TIC. Un canton projette l'établissement d'une recommandation pour un concept global d'installation de hardware et de connexion des écoles à Internet, un autre planche sur une recommandation et un troisième est sur le point d'équiper toutes ses écoles de hardware et d'Internet. Un canton projette l'introduction d'Internet ; mais le financement est actuellement suspendu. Trois cantons accumulent des expériences sur l'utilisation des TIC dans l'enseignement, deux ont des projets dans le domaine de la formation et de la formation continue des enseignants. Trois cantons expérimentés réfléchissent à une utilisation fructueuse d'Internet à l'école et mènent des projets avec des écoles précises.

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Que montrent les résultats de l'enquête? 

Ils montrent que le niveau de développement des cantons dans le domaine des technologies de l'information et de la communication est très variable, en particulier à l'école obligatoire. Quelques cantons, peu nombreux, ont des concepts pour tous les degrés scolaires et les appliquent tant au niveau technique qu'au niveau pédagogique. Les budgets nécessaires à cet effet sont périodiquement discutés par les instances politiques. Le financement est pour l'essentiel assuré par les cantons seuls ou par les cantons et les communes. Quelques projets sont sponsorisés. Beaucoup de cantons concentrent leurs ressources sur un degré scolaire particulier ou sur la connexion de toutes les écoles à Internet. D'autres en revanche ne se trouvent, en ce qui concerne l'école obligatoire, qu'au début d'une introduction systématique des technologies de l'information et de la communication : ils élaborent des concepts globaux, qui doivent parfois encore être approuvés. Le niveau de développement dans les cantons dépend peu des possibilités financières, car tant les cantons financièrement faibles que les cantons qui disposent de finances solides s'investissent pour l'introduction des TIC dans les écoles. La grande différence dans le niveau de développement laisse supposer un manque de coordination à l'échelle nationale.

Les expériences du CTIE en la matière nous permettent d'affirmer que l'équipement technique vient en priorité (hardware, mise en réseau, Internet), devant la formation et la formation continue des enseignants. Par ailleurs, si l'on considère l'offre des cantons en matière de formation et de formation continue, on s'aperçoit que la plupart des cours sont destinés à l'acquisition des fondements des techniques de l'information. On ne constate pratiquement aucune réflexion didactique ou pédagogique.
La situation n'est pas très réjouissante. Il est nécessaire d'agir afin d'offrir autant que possible l'égalité des chances aux jeunes dans l'utilisation des TIC.
Cette année, un premier projet se met en place pour favoriser l'échange à un niveau national. Ainsi, la CDIP et l'OFFT se sont mis d'accord pour créer un serveur suisse de l'éducation, une plate-forme d'échanges pour l'enseignement. Son inauguration est prévue pour la fin de l'année.

C. Buts de l'utilisation de l'ordinateur dans le domaine de la pédagogie curative 

Quelle peut être la contribution de la science sur ce thème ?

De nombreux spécialistes se sont exprimés, la plupart du temps en des termes positifs, sur l'utilisation des TIC en pédagogie curative. Je souhaite vous présenter une analyse de Heinz Jürgen Gottke, à mon sens très réussie, concernant le recours à l'ordinateur en pédagogie curative.
Gottke, ancien chargé de cours à l'Institut für Sonder- und Heilpädagogik de l'Université de Rostock, formule 3 objectifs et décrit huit fonctions que l'ordinateur peut remplir dans le domaine de la pédagogie curative.

Selon Gottke (1997), les spécialistes en pédagogie curative remplissent un double mandat. Le premier est de dispenser à l'élève une formation scolaire et professionnelle, le second de réduire, voire d'effacer les désavantages dont la personne souffre en raison de son handicap.
L'ordinateur peut y contribuer et doit être compris dans ce sens comme l'un des éléments de l'ensemble.
Gottke formule trois objectifs de portée générale qui peuvent bénéficier du recours à l'ordinateur

1. Objectifs pédagogiques généraux 

Les objectifs visés ici sont les mêmes que pour les non-handicapés. Ils comprennent la transmission de connaissances et de savoir-faire ainsi que la formation de l'opinion et l'acquisition de valeurs dans le cadre des possibilités individuelles de l'enfant ou de l'adulte handicapé. L'ordinateur peut contribuer à renforcer la motivation pour l'apprentissage et la performance.

2. Objectifs propres à la pédagogie curative

En cas de handicaps tels que l'impossibilité de s'exprimer par le langage ou une vision limitée, l'ordinateur peut remplir des tâches qui compensent ces lacunes.
L'ordinateur peut contribuer à l'établissement d'un diagnostic en aidant à saisir les caractères concernant l'apprentissage, les performances, le profil personnel et en permettant de suivre l'évolution de ces caractères.
L'ordinateur peut être utilisé dans la rééducation et activer ou réactiver des fonctions affectées, permettre d'entraîner ces dernières et en favoriser le développement.

3. Objectifs pour la formation professionnelle et la vie quotidienne

Les personnes handicapées doivent également avoir accès à une formation de base élémentaire dans les techniques de l'information.
Les TIC doivent être encouragées dans la vie quotidienne des personnes handicapées. Songeons à l'utilisation des bancomats, des automates à billets, à un aménagement intelligent des loisirs par le biais de jeux informatiques, etc.
L'ordinateur doit être mis à contribution dans la formation professionnelle des personnes handicapées ainsi que dans le cadre de leur activité professionnelle.

Sur la base de ces trois objectifs et selon les buts fixés pour la personne handicapée, on peut assigner à l'ordinateur différentes fonctions:

Objet d'enseignement :

Le PC peut être lui-même un objet d'enseignement. Les élèves acquièrent des notions de base adaptées à leurs besoins dans le domaine des techniques de l'information.
Les machines sont adaptées aux besoins spécifiques (claviers spéciaux, etc.).

Moyen d'enseignement et d'apprentissage :

L'ordinateur sert à transmettre du savoir. Il permet de transmettre, d'exercer, de consolider ou de vérifier les connaissances dans certains domaines.

Outil

Les programmes de base de l'ordinateur permettent de réaliser des textes et des dessins par exemple. Il donnent la possibilité de créer.

Moyen compensatoire et prothétique :

Le PC sert de moyen compensatoire :

  • L'ordinateur sert de voix synthétique à la personne handicapée de la parole.
  • La personne souffrant de troubles moteur peut activer le traitement de texte par des impulsions.
  • Pour les personnes souffrant de troubles de la vue, l'ordinateur permettra d'agrandir des lettres ou des   groupes de lettres.

Instrument de diagnostic

Le PC allié à un programme adéquat peut contribuer à poser un diagnostic pour un enfant.

Moyen de communication et système interactif

Le PC joue le rôle de partenaire de communication et de moyen d'interaction.
Il analyse et apprécie les réponses et réagit par des réponses adaptées, offre des choix, réagit favorablement en cas de réponse juste, propose des aides différenciées pour la suite du travail.
Le PC permet de communiquer avec d'autres personnes. (e-mail, Internet)

Média didactique

Le PC élargit la palette des méthodes d'enseignement.
Le PC permet d'individualiser et de différencier l'enseignement.

Média ludique

Le PC permet d'utiliser des jeux impliquant des règles, des réactions, des stratégies et des interactions.

D. Application pratique - constats 

Où en est-on dans la pratique ?

Je ne peux dresser un état de la situation générale. Les observations que j'ai faites dans le cadre de mes activités concernent la pédagogie curative ; les voici :

  • Dans la pédagogie curative plus qu'ailleurs, on rencontre de nombreux pionniers, qui s'efforcent depuis des années de favoriser l'utilisation de l'ordinateur et qui participent à la réalisation de programmes pédagogiques au sens de Gottke. Face à ces pionniers, on trouve justement un public aux attentes très grandes.
  • Les activités recourant à l'ordinateur dans les écoles spécialisées découlent souvent d'initiatives individuelles. Il s'agit la plupart du temps de personnes qui s'engagent depuis longtemps en leur faveur.
  • Le vieillissement rapide des machines représente un problème, car on ne peut sans cesse en renouveler le parc.
  • Une bonne part des enseignants n'ont pas de formation de base en informatique. L'utilisation de l'ordinateur éveille des craintes chez certains d'entre eux. Conséquences : Il arrive que l'ordinateur installé dans la classe ne soit pas utilisé en dehors des récréations, où il sert alors uniquement de plate-forme de jeux. Les enseignants se limitent à l'utilisation d'applications simples, essentiellement de programmes d'exercice.
  • Il n'y a pratiquement aucun échange entre les institutions ou les écoles.
  • Les enseignants ont l'impression d'être livrés à eux-mêmes. Ils souhaitent bénéficier de recommandations et de cours de formation continue.
  • Dans les institutions suisses de formation en pédagogie curative, les cours destinés à l'application des TIC dans ce domaine sont encore peu développés.

En résumé 

Je pense que l'on connaît assez bien aujourd'hui les possibilités d'utilisation des TIC ainsi que les domaines qui posent encore problème. Ce qu'il faut maintenant, c'est un engagement commun pour mettre ces connaissances en pratique. Dans le domaine de la pédagogie curative notamment, il s'agira d'encourager l'échange d'expériences. Les rencontres comme celle d'aujourd'hui y contribuent grandement. Je vous invite aussi à adhérer à www.espaces.ch, lieu d'échange virtuel ou de visiter le site www.spc.ch. Sur www.educa.ch rubrique enseignement spécialisé vous trouverez des informations concernant les TIC en enseignement spécialisé. Je vous remercie de votre attention et reste à votre disposition pour répondre à vos questions.

Bibliographie

Technologies de l'information et de la communication dans les cantons. Projets du jardin d'enfants au secondaire II. Résultats d'une enquête du CTIE. Berne, 1999.

Commande : info©sfib-ctie.ch
Gottke, H.-J.: Anforderungen an Lernsoftware aus sonderpädagogischer Sicht. Parue dans VHN/Vierteljahresschrift für Heilpädagogik und ihre Nachbargebiete 66(1997)1, 23-42

Information and Communication Technologies (ICT) - abréviation uniformisée dans toutes les langues européennes :En Suisse alémanique, on parlait jusqu'à aujourd'hui des IKT (Informations- und Kommunikationstechnologien), et en Suisse romande des TIC (technologies de l'information et de la communication). L'Union européenne a décidé qu'à l'avenir, l'abréviation ICT (Information and Communication Technologies) serait utilisée dans toutes les langues européennes.

Contact :

c.delacretaz©sfib-ctie.ch
SFIB-CTIE, Erlachstrasse 21, 3000 Berne 9

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