Quel goût représente le mieux le Valais, son identité et ses paysages ? Celui de la raclette ? Des abricots ? De la petite arvine ? De la viande séchée ? Pour WhiteFrontier et la Fovahm, il s’agit de celui de la forêt, paysage emblématique de notre canton. Les aiguilles de sapin blanc sont ainsi l’ingrédient identitaire de la bière Sans Frontière, née d’une collaboration entre la brasserie artisanale, basée à Martigny, et la fondation active dans l’accompagnement de personnes avec une déficience intellectuelle. Une bière avec une touche résineuse donc, mais surtout un profond goût d’inclusion.
Si les deux entités collaborent depuis plusieurs années, notamment en matière de conditionnement de certains produits, cette aventure fait de l’intégration le réel moteur du projet. De la récolte des ingrédients, au conditionnement des canettes, en passant par le graphisme de l’étiquette, des travailleurs de la Fovahm ont pris part à de nombreuses étapes de fabrication de cette nouvelle bière. C’est ainsi qu’est née la Sans Frontière.
Tout débute sur les hauts de Charrat, début avril. Durant toute une journée, cinq travailleurs de la Fovahm – Gérald Roten, Thaïs Proton, Roy Landry, Galyam Compaoré, ainsi que José De Oliveira – sont allés récolter l’ingrédient signature de la future bière. Avec l’aide de La Boîte sauvage, une entreprise spécialisée dans la cueillette sauvage, et accompagnés de Stéphane Chatriant, maître socioprofessionnel, de Nicolas Toffol, responsable de centre, et de plusieurs représentants de WhiteFrontier, ils ont ramené 10 kilos d’aiguilles de sapin blanc.
Sans Frontière et sans barrière
« C’était trop bien », se réjouit Gérald Roten. « J’ai beaucoup aimé cette journée », ajoute Thaïs Proton. L’enthousiasme est partagé par Carole Beal, co-directrice de la brasserie, aussi présente pour la cueillette : « C’était une journée riche en échanges et en moments partagés. Une expérience très forte », souligne-t-elle. Et de poursuivre : « Les barrières ont rapidement sauté. Nous sommes directement entrés dans une relation sincère, où l’on pouvait tout se dire. »

Pour Carole Beal, le fait de ramasser ensemble les aiguilles de sapin a participé à la cohésion du groupe. « Nous avons pu tourner cela en humour afin d’alléger le travail », sourit-elle. Car il faut dire que cette tâche est quelque peu fastidieuse. Les travailleurs ont tout d’abord dû identifier les bons arbres. Pour cela, ils ont pu compter sur les spécialistes de La Boîte sauvage. « Il était important de ne pas se tromper d’essence, certains conifères étant toxiques pour l’être humain », appuie Stéphane Chatriant. Ensuite, après avoir coupé les branches, il était nécessaire de ne conserver que les aiguilles, pour éviter de donner un goût parasite à la bière. Il a donc fallu les retirer une par une des branches, avant de les mettre dans de gros sacs. « Ce n’était pas trop difficile », assure Gérald Roten. De son côté, Thaïs Proton, avoue dans un rire, que c’était tout de même « un peu long ».
Important pour l’intégration
Garde-forestier de formation, Stéphane Chatriant a apprécié ce moment passé ensemble en forêt, avec les différents acteurs de ce projet : « Ces échanges sont importants pour l’intégration. »
Mais la collaboration ne s’arrête pas à cette journée de cueillette. « Nous avions pour objectif de faire participer un maximum de travailleurs de la Fovahm », glisse Carole Beal. C’est ainsi que l’étiquette de cette bière colorée et estivale a été réalisée par Christian Raboud de l’atelier artistique. Alors que d’autres travailleurs participeront à la mise en carton des bières, donnant ainsi au projet une dimension encore plus collective.
Un bière « différente »
Durant cette aventure brassicole, les travailleurs de la Fovahm ont également pu découvrir le processus de fabrication de la bière. Mais aussi la déguster. « Elle est bonne », assure Gérald Roten. Ce que n’hésite pas à confirmer Thaïs Proton, précisant qu’elle est « différente ». Travailleur de l’atelier Espaces verts Ginkgo, Lionel Jollien, qui n’a pas pu participer à la cueillette, a aussi pu goûter la Sans Frontière. Il assure qu’elle « sent un peu le sapin » et qu’elle lui plaît beaucoup.
L’exercice est donc réussi. Et Carole Beal assure qu’elle pourrait imaginer une autre collaboration dans le futur, afin de créer une nouvelle bière. « Fabriquer de la bière ne se résume pas à fabriquer de l’alcool. Quelque part, on se fiche de cela. Nous, ce que nous souhaitons réellement au travers de nos produits, c’est créer des moments conviviaux et communautaires, qui donnent du sens à notre mission. » Et c’est exactement ce qui s’est passé au travers de l’aventure Sans Frontière.
Par Grégoire Baur, Fovahm
Pour des raisons de lisibilité, le masculin générique est utilisé dans cet article, qui inclut toutes les personnes.